lundi 28 juillet 2008

L'art d'oublier

Ce sont des prédestinations cruelles de la vie : les gens meurent, les amours finissent. Oui mais quand on y est, concrètement, comment oublie t’on un amour qui s'en va?
Quand quelqu’un que l’on aime part, quand quelqu’un que l’on aime meurt, comment fait-on pour rester et vivre ? Comment fait-on pour oublier ?
Doucement, m’a dit un ami. Il faut oublier doucement. Si l’on essaye d’oublier très vite, on peut perdre son amour propre. Comment ? On peut faire les plus gros scandales, dire des tas de grossièretés, faire semblant de mépriser la personne que l’on porte dans son cœur, mais on ne peut pas l’oublier soudainement. Elle ne quitte pas notre coeur avec un tour de magie. Cette idiote !!!
Alors il faut tenir bon. On n’en a pas envie mais c’est nécessaire.
Le premier pas vers la guérison est d’accepter qu’on est malade et qu’on a mal. Mais qui de nos jours supporte la douleur ? On prend des cachets pour les maux de tête, les rages de dents, quand on est barbouillé. Et que fait-on pour les maux de cœur ? Personne ne supporte d’être triste. Alors, on prend des conseils et des médicaments. On recherche des alternatives, des plans B. Mais la tristesse ne passe que lorsque on s'attriste. On ne peut pas oublier quelqu’un sans terminer de se ressouvenir de lui. Et si on veut éviter le deuil _ chose à SURTOUT ne pas faire _ on finit par le prolonger dans le temps.
Le manque de l’autre est une douleur qui ne peut passer qu’après avoir eu vraiment très, très mal. C’est une douleur qu’il faut, tout d’abord, accepter, sans chercher à comprendre.
Il faut accepter l’amour et la mort, la séparation et la tristesse. Il faut aussi accepter l’incohérence, l’injustice et le fait que certaines situations n’ont pas de solution. Combien de problèmes dans ce monde seraient moins lourds s’ils avaient simplement le poids qu’ils ont en soi, c'est-à-dire, si l’on acceptait qu’ils n’aient pas de solution.
On dit aussi que pour oublier il faut s’occuper l’esprit, s’amuser plus, flirter un peu _ ATTENTION _ plus on arrive à fuir, plus on aura à affronter plus tard. Tout s’accumule dans l’âme, en attendant que l’on revienne.
L’art d’oublier, je le certifie du haut de mes humbles connaissances, n’existe pas.
Les moments d’oubli réussis avec effort, en se servant des amis, des verres, des lits des autres, des rigolades, des livres, se paient plus tard, et en double, par des douloureux souvenirs. Pour oublier quelqu’un, il faut laisser courir le cœur, de souvenir en souvenir, avec cette souffrance constante, le regret de la personne perdue pour toujours, dans l’espoir, dans l’attente, que le cœur se fatigue.
Les personnes ne devraient jamais mourir, jamais arrêter de s’aimer, ni se séparer, ni avoir à oublier. Mais il est nécessaire d’accepter. Il est nécessaire de souffrir. De pleurer. De crier, de se frapper la tête contre les murs, de ne pas comprendre… et d’accepter.
Il y a de la grandeur dans la souffrance. Souffrir c’est aussi respecter l’importance, concéder de la taille, à un grand amour. Au milieu du tourbillon de sentiments perturbateurs de manque, de rage, de ressentiment, de rancune, de nostalgie _ on doit trouver la racine de cet amour. Et les plus beaux souvenirs.
Pourquoi est ce toujours dans les moments plus tristes ou plus heureux que l’on ressent le manque des personnes que l’on aime ? Dans la tristesse on a besoin des gens aimés et dans le bonheur on ressent le regret, une sorte de culpabilité, de ne pas pouvoir le partager avec eux.
Et dans toutes ces divagations, reste toujours la question: quand la douleur s’en va t'elle ? Comment oublier ?
Il n'y a pas d'art d'oublier.
Se jeter rapidement dans les bras de qui que ce soit est une réaction naturelle, mais ne sert à rien. On peut trouver des tas de raisons et des tas de maniéres de détester ceux qu’on a aimé, on peut se venger, disparaître, les tromper avec d’autres, mais tout ceci n’a aucun mal. Ni aucun bien. Tout ceci ne sert que à créer plus de frustrations, de manques contrariés. Pour oublier une personne qu’on a vraiment aimé, il n’y a pas de voies rapides, il n’y a pas de suppléants, pas de calmants, ni d’île dans les caraïbes _ seules la mémoire, la douleur, la temporisation, la patience. Ensemble.
Il faut du temps pour oublier, du temps et de la douleur.
Car ceux qu’on a aimé sincèrement, ceux qui sont partis, qui nous laissent les mains vides et le cœur plein de souvenirs, ceux là, il se peut que même avec la souffrance, le temps, la patience, beaucoup de bonne volonté, il se peut que l’on n’oublie pas. Pas même un peu.
...
Et que fait t'on quand on aime quelqu’un qui est toujours présent ? Quand il est tard ? Quand il est trop tard pour revenir en arrière, on comprend peut être qu’il y a des tentatives d’oubli si chères qui ne pourront jamais se payer. Là est peut être le plus grand des deuils.

dimanche 27 juillet 2008

Qu'est ce l'amour de nos jours ?

Il y a des mots que l’on ne peut pas définir. L’amour c’en est un. J’aimerais pouvoir l’expliquer mais je ne sais pas trop comment. Définir l’amour, d’accord, mais comment dirais-je ? Dans quel sens ? Quel degré ? En parlant de quoi ? Cela devint incompréhensible. Ce n’est pas de ma faute ! L’incompréhensible ne peut pas se comprendre. C’est logique !
Ce n’est pas un manque de clarté. J’aimerais être plus claire mais moi-même je ne comprends pas trop au sujet duquel je veux parler… mais je veux en parler, étaler mon ressenti.
Je veux parler de l’amour. Le vrai. Je veux parler de ce sentiment étrange et compliqué qui a inspiré tant d’auteurs et a fait couler des tonneaux d’encre :

« Les hommes que les passions peuvent le plus émouvoir sont capables de goûter le plus de bonheur en cette vie »
René DESCARTES,
Traité des Passions de l’Âme

L’amour…
Il me semble qu’aujourd’hui personne ne tombe amoureuse pour de vrai. Personne ne veut plus vivre un amour vrai. Un amour sans raison. L’amour, pffff, un truc de nana, chochotte, bêbête, idéaliste, car l’amour sans raison, dit’ on, n’existe plus !!!
De nos jours les gens tombent amoureux pour des raisons pratiques. Parce que c’est simple et facile. Parce qu’ils sont collègues et ils se trouvent juste à côté. Parce qu’ils s’entendent bien et ils ne s’embêtent pas trop. Parce qu’il y a du sens (du sens dans l’amour ?? Le comble !!). Et à cause des comptes, des impôts, de la maison, du lit, des slips, des chemises au pressing et des factures de Allo Pizza, les voilà amoureux.
De nos jours les gens font des contrats prénuptiaux, discutent tout d’avance, font des plans d’action à la moindre contrainte et entament des dialogues cartésiens. L’amour est devenu passible d’être « plannifié ». Les amants parlent de contrats et devinrent associés. Ils font des réunions, discutent des problèmes, consultent des spécialistes et prennent des décisions réfléchies. L’amour s’est transformé dans une variante psycho-socio-bio-économique du compagnonnage.
La passion, par exemple, qui devrait être démesurée, est dans la mesure du possible.

« La mesure de l'amour c'est d'aimer sans mesure. »
Saint Augustin

L’amour est devenu une question pratique. Ainsi au lieu de tomber follement amoureux, les gens restent « pratiquement amoureux ». C’est pratique après tout !
Je n’ai jamais vu autant d’amoureux aussi lâches et accommodés. Incapables d’un grand geste, de prendre un risque, d’un élan de bravoure; comme une bande de laxistes, accros aux portables et aux nouvelles technologies, la bande des « ok, tout va bien », des tueurs d’amour, des romanticides.
J’en ai marre des conversations, des compréhensions, des connivences.
Plus personne ne tombe amoureuse pour de vrai ? Plus personne n’accepte la passion pure, le manque, la tristesse, la peur, le déséquilibre, la douleur, l’amour qui nous ronge le cœur comme une horrible maladie et qu’en même temps remplit nôtre âme d’un immensément indescriptible bonheur ? Je veux parler de l’amour vrai, l’amour aveugle, l’amour irrationnel, l’amour jaloux, le seul amour qui existe.
L’amour c’est ça. C’est cela sa beauté. C’est cela son danger. L’amour existe pour nous transporter soudainement au ciel, et prendre le temps de faire un tour en enfer.

«
De la raison ! Que voulez-vous que j’en fasse avec de l’amour ? Il va trop son train pour elle.»
MARIVAUX, La Fausse Suivante

L’amour est une chose et la vie est une autre. L’amour n’existe pas pour aider. Ce n’est pas un soulagement, un repos, ni la petite tape dans le dos, ou la pause qui rafraichît. Je suis agacée par ces manies contemporaines de spas, de massages, de confort absolu. Agacée par les petits couples sans romantisme et sans folie. Finis les cris, les baisers passionnés, les fleurs, les lettres d’amour. L’amour a fermé le magasin, dépassé par des gens en pantoufles, proies du confort et de la commodité.
De nos jours il semblerait qu’il faut beaucoup de courage pour aimer.
L’amour est une chose et la vie est une autre. La vie parfois tue l’amour. La vie dure une vie entière, l’amour non. Mais un moment d’amour peut durer une vie entière. Et la valoir aussi.
L’amour vrai n’est pas un moyen, n’est pas une fin, n’est pas un principe, n’est pas un destin. L’amour vrai est une condition. L’amour vrai ne s’explique pas, n’est pas à comprendre. L’amour est un état qui se ressent.

« Notre amour peut-il survivre autrement que par des sacrifices, qu'en ne réclamant pas tout, peux-tu changer que tu ne sois pas toute à moi, et moi pas entièrement à toi ? »
Ludwing van BEETHOVEN, Lettres à l’Immortelle Bien-aimée