Faire une déclaration d’amour c’est profusément difficile. Personne ne sait comment faire. Il n’y a pas de règle, pas de mode d’emploi. Même pas une société de services à la personne à qui on puisse remettre cette demande. Non, parce que les déclarations d’amour doivent être faites par celui qui est concerné. Et l’expérience ne sert à rien_ même si d’autres déclarations ont été faites avant, chacune est complètement différente de toutes les précédentes. En amour, en effet, l’expérience ne démontre qu’une seule chose: qu’il n’y a strictement rien de semblable à démontrer.
Je veux dire, on recommence toujours à zéro. C’est vrai. Chaque fois qu’on tombe amoureux, on retourne à la suprême innocence, à l’ineptie et à la barbarie de la puberté. L’expérience ne sert vraiment à rien dans la lutte contre les flammes de l’amour. Imaginez deux personnes bloquées au milieu d’un incendie, sans pouvoir fuir, et expliquez le sens des mots si l’une d’entre elles se retournait vers l’autre et disait: «Toi qui a de l’expérience dans les brulures de premier degré, dis moi comment on s’en sort…»
On peut avoir cinquante ans. Mais le jour où la poitrine est prise de secousses, que les auricules se mettent à jouer avec les ventricules aux auto- tamponneuses, notre Dieu qui est au ciel appuie sur la touche «CLEAR» et on oublie tout. Quelle fourchette utiliser avec le poisson. Comment déguster les escargots. Quelles fleurs acheter. Quels mots dire. Quelle chemise avec quel diable de veste dois-je mettre ? Et les chaussures. On ne sait rien. Niente. Nada.
Si on regarde les mains, cela peut ressembler à une scène de transformation dans un filme de loup-garous_ des doigts longs, agiles, de pianiste, apparaissent soudainement dix échecs avortés de pouces. Qui ne servent à rien. Et le vin tourne dans la tête seulement d’y penser. Et les semelles des chaussures commencent à attirer magnétiquement toutes les crottes de chien dispersées dans les trottoirs de Paris. Et la voix sensuelle et confiante de la présentatrice du journal de 20h se transforme en ridicule Maya l’abeille pour confier maladroitement «je t’aime…».
Je veux dire, on recommence toujours à zéro. C’est vrai. Chaque fois qu’on tombe amoureux, on retourne à la suprême innocence, à l’ineptie et à la barbarie de la puberté. L’expérience ne sert vraiment à rien dans la lutte contre les flammes de l’amour. Imaginez deux personnes bloquées au milieu d’un incendie, sans pouvoir fuir, et expliquez le sens des mots si l’une d’entre elles se retournait vers l’autre et disait: «Toi qui a de l’expérience dans les brulures de premier degré, dis moi comment on s’en sort…»
On peut avoir cinquante ans. Mais le jour où la poitrine est prise de secousses, que les auricules se mettent à jouer avec les ventricules aux auto- tamponneuses, notre Dieu qui est au ciel appuie sur la touche «CLEAR» et on oublie tout. Quelle fourchette utiliser avec le poisson. Comment déguster les escargots. Quelles fleurs acheter. Quels mots dire. Quelle chemise avec quel diable de veste dois-je mettre ? Et les chaussures. On ne sait rien. Niente. Nada.
Si on regarde les mains, cela peut ressembler à une scène de transformation dans un filme de loup-garous_ des doigts longs, agiles, de pianiste, apparaissent soudainement dix échecs avortés de pouces. Qui ne servent à rien. Et le vin tourne dans la tête seulement d’y penser. Et les semelles des chaussures commencent à attirer magnétiquement toutes les crottes de chien dispersées dans les trottoirs de Paris. Et la voix sensuelle et confiante de la présentatrice du journal de 20h se transforme en ridicule Maya l’abeille pour confier maladroitement «je t’aime…».
Vive le ridicule !
On peut avoir 30 ou 70 ans, on régresse de façon automatique à l’âge des 15 ans, l’âge du clearasil ultra anti-boutons et des sensations de démangeaison. Celui qui est amoureux sourit tout seul, sans raison, et est capable de sautiller dans le métro, iPod nano dans les oreilles avec les chansons de Jason Mraz qui réchauffent le cœur et excitent l’esprit.
Quelle tendresse des quarante ??! L’amour est toujours une grande et irrationnelle anormalité qui provoque des graves retards mentales. L’amour emmène des cadres supérieures à acheter des vespas bleu flashy, et à visiter des asiles, juste pour pouvoir claquer la porte au visage des parents en disant «Ici, personne me comprend…».
Cette espèce d’instabilité est souvent agaçante. C’est peut être différent pour les hommes. Peut être différent pour les femmes. Une femme peut être aimée par cent hommes, et le jour où il y a un homme sans intérêt qui lui tourne le dos, sa confiance retombe comme un château de sable démoli par une faible vague de l’océan. Pour un homme, en revanche, il suffit d’être aimé une seule fois pour penser que toutes les autres cent femmes qui l’ont rejeté avaient tort et ne savent même pas ce qu’elles ont perdu…
Il devrait exister une «securitas» de l’amour _ une entreprise compétente qui protégerait les cœurs des particuliers. Un agent de sécurité surgirait en tenue de travail, le bras tendu pour séparer les gens au milieu d’un tête-à-tête au restaurant: «le premier qui vole un bisou va passer la nuit au poste».
Non, quand même, ça non. De préférence, les agents de «securitas cœur» serviraient à ouvrir les bouteilles de champagne et, surtout, à passer au peigne fin les lettres, les e-mails, les sms d’amour. Là où les amoureux écriraient les angoisses habituelles du genre «je vais me tuer si tu ne reviens pas», les agents remplaceraient par des phrases plus séductrices et efficaces, du genre qu’on est capable d’y penser seulement lorsqu’on n’est pas amoureux.
Mais il n’y pas de «securitas» de l’amour. Il n’y a pas non plus d’autre agence qui traite la documentation. Les déclarations d’amour doivent être faites à la main, sans modèle.
En realité, il n’y a pas d’amour sans instabilité. Sans insécurité. Sans jalousie. Celui qui a la certitude d’avoir ce dont il veut, soit il ne l’a pas, soit il ne veut pas grande chose.
Alors, comment fait’ on une déclaration d’amour ? En papier timbré, dans la présence d’un avocat ? Pourquoi pas ?
Les plus infâmes des déclarations d’amour sont les clandestines, du genre «je trouve que tu es une personne très intéressante et l’avenir nous dira si tu es mon âme sœur». Et les meilleures sont celles qui engagent les personnes qui les font, qui se basent sur des preuves susceptibles d’être présentées à un jury, celles qui font rougir les témoins, celles qui font rêver lorsqu’on ne dort pas.
Les déclarations du type «essayons-pour-voir-si-ça-marche» ne fonctionnent jamais. Mieux vaut imprimer 2000 cartes, proprement identifiées, et les faire distribuer à l’ensemble de son entourage, avouant cet amour insensé mais vrai, que d’envoyer un message anonyme d’un admirateur. Les déclarations d’amour sont censées couper le souffle de celui qui entend, d’exploser dans le visage de celui qui lit. L’amour est une question d’objectif, et non pas de degré. L'amour, le vrai, n'est pas discret.
On peut avoir 30 ou 70 ans, on régresse de façon automatique à l’âge des 15 ans, l’âge du clearasil ultra anti-boutons et des sensations de démangeaison. Celui qui est amoureux sourit tout seul, sans raison, et est capable de sautiller dans le métro, iPod nano dans les oreilles avec les chansons de Jason Mraz qui réchauffent le cœur et excitent l’esprit.
Quelle tendresse des quarante ??! L’amour est toujours une grande et irrationnelle anormalité qui provoque des graves retards mentales. L’amour emmène des cadres supérieures à acheter des vespas bleu flashy, et à visiter des asiles, juste pour pouvoir claquer la porte au visage des parents en disant «Ici, personne me comprend…».
Cette espèce d’instabilité est souvent agaçante. C’est peut être différent pour les hommes. Peut être différent pour les femmes. Une femme peut être aimée par cent hommes, et le jour où il y a un homme sans intérêt qui lui tourne le dos, sa confiance retombe comme un château de sable démoli par une faible vague de l’océan. Pour un homme, en revanche, il suffit d’être aimé une seule fois pour penser que toutes les autres cent femmes qui l’ont rejeté avaient tort et ne savent même pas ce qu’elles ont perdu…
Il devrait exister une «securitas» de l’amour _ une entreprise compétente qui protégerait les cœurs des particuliers. Un agent de sécurité surgirait en tenue de travail, le bras tendu pour séparer les gens au milieu d’un tête-à-tête au restaurant: «le premier qui vole un bisou va passer la nuit au poste».
Non, quand même, ça non. De préférence, les agents de «securitas cœur» serviraient à ouvrir les bouteilles de champagne et, surtout, à passer au peigne fin les lettres, les e-mails, les sms d’amour. Là où les amoureux écriraient les angoisses habituelles du genre «je vais me tuer si tu ne reviens pas», les agents remplaceraient par des phrases plus séductrices et efficaces, du genre qu’on est capable d’y penser seulement lorsqu’on n’est pas amoureux.
Mais il n’y pas de «securitas» de l’amour. Il n’y a pas non plus d’autre agence qui traite la documentation. Les déclarations d’amour doivent être faites à la main, sans modèle.
En realité, il n’y a pas d’amour sans instabilité. Sans insécurité. Sans jalousie. Celui qui a la certitude d’avoir ce dont il veut, soit il ne l’a pas, soit il ne veut pas grande chose.
Alors, comment fait’ on une déclaration d’amour ? En papier timbré, dans la présence d’un avocat ? Pourquoi pas ?
Les plus infâmes des déclarations d’amour sont les clandestines, du genre «je trouve que tu es une personne très intéressante et l’avenir nous dira si tu es mon âme sœur». Et les meilleures sont celles qui engagent les personnes qui les font, qui se basent sur des preuves susceptibles d’être présentées à un jury, celles qui font rougir les témoins, celles qui font rêver lorsqu’on ne dort pas.
Les déclarations du type «essayons-pour-voir-si-ça-marche» ne fonctionnent jamais. Mieux vaut imprimer 2000 cartes, proprement identifiées, et les faire distribuer à l’ensemble de son entourage, avouant cet amour insensé mais vrai, que d’envoyer un message anonyme d’un admirateur. Les déclarations d’amour sont censées couper le souffle de celui qui entend, d’exploser dans le visage de celui qui lit. L’amour est une question d’objectif, et non pas de degré. L'amour, le vrai, n'est pas discret.
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«On ne s'aime jamais comme dans les histoires, tout nus et pour toujours. S'aimer, c'est lutter constamment contre des milliers de forces cachées qui viennent de nous ou du monde»
Alfred de Musset«On ne s'aime jamais comme dans les histoires, tout nus et pour toujours. S'aimer, c'est lutter constamment contre des milliers de forces cachées qui viennent de nous ou du monde»
