La jalousie est une passion totalitaire.
Dans les affaires du cœur, bien que la raison soit démocratique, nous sommes tous totalement fascistes. En réalité ce qui convient à la politique, ne nous convient pas en amour. En politique les gens ne peuvent qu’être libres. Mais en amour, non. C’est terriblement agaçant de savoir que l’être aimé est libre et qu’il fait ce dont il a envie de faire_ contrariété inavouable, certes, mais qui ne l’a jamais ressenti ? Ne serait-il pas mieux que l'être aimé soit enfermé, sans aucune possibilité de s’échapper, dans la prison de nos bras ?
Poétique ?
Dans les affaires du cœur, bien que la raison soit démocratique, nous sommes tous totalement fascistes. En réalité ce qui convient à la politique, ne nous convient pas en amour. En politique les gens ne peuvent qu’être libres. Mais en amour, non. C’est terriblement agaçant de savoir que l’être aimé est libre et qu’il fait ce dont il a envie de faire_ contrariété inavouable, certes, mais qui ne l’a jamais ressenti ? Ne serait-il pas mieux que l'être aimé soit enfermé, sans aucune possibilité de s’échapper, dans la prison de nos bras ?
Poétique ?
Soyez sincères: entre_ 1 _ l’image de votre amour en train d’aimer et de se faire aimer par quelqu’un d’autre, et vous impuissant, éloigné, sans pouvoir agir et_ 2 _ l’idée de, après l’avoir surpris en flagrant délit, l’étrangler douce et fermement avec une paire de collants, de vos propres mains loyales et justicières… laquelle des deux possibilités vous plait elle le plus ?
Il s’agit d’une des preuves d’amour des plus anciennes au monde, celle de vouloir tuer par amour.
Il s’agit d’une des preuves d’amour des plus anciennes au monde, celle de vouloir tuer par amour.
Nous sommes fascistes en amour et il n’y a rien à faire. Ce n’est pas de notre faute. La nature est ainsi faite.
Ceci dit, c'est forcément le contraire de ce qu'on apprend à sentir, à dire et à faire. La jalousie est un sentiment intrinsèque qu’il vaut mieux garder secret. Le statu quo, construit en grande partie par les couples des années 70_ presque tous déjà séparés, divorcés ou infidèles_ nous apprend que la jalousie est un poison, la méfiance est un manque de respect, et le sentiment de possession c'est une forme de mépris par la liberté de l'autre.
Et ceci est sans doute très raisonnable lorsque l’amour n’y est pas. Mais un roman ne survit pas sans danger, sans aventure, sans risque. Alors la jalousie n’est que le principe de l’amour. L’amour commence là où la jalousie naît et si l’amour devient plus fort, la jalousie s’aggrave.
On ne peut pas supporter la liberté, la démocratie hippy, de quelqu’un qu’on désire, qu'on aime sincèrement. Les couples ouverts ou modernes qui vivent d'infidélités, n’auront jamais plus qu’une pathétique relation d'où ils chercheront toujours à fuir. La cause des divorces des années 70 et 80 c’était la confiance. Pour qu’un couple existe, il faut un peu de méfiance.
On ne peut faire confiance à personne. Lorsqu’on aime, vraiment, confier, ne pas souffrir de jalousie, c’est comme si on trouvait l’être aimé incapable, indésirable ou incapable de désirer, indifférent ou incapable d’être différent. Ressentir de la jalousie pour la personne qu’on aime revient à lui dire, d’une façon perverse mais authentique, peut être que tu serais mieux avec quelqu’un d’autre que moi, mais moi sans toi, je ne serais pas bien.
Celui qui est jaloux a peur de perdre. Et celui qui a peur de perdre, de toute évidence, estime ce qu'il possède. Alors être jaloux de quelqu’un ce n’est que lui donner sa juste valeur. Ne pas en avoir c’est mépriser. Les vrais amants sont ceux qui demandent est ce que tu es jaloux ?
« La jalousie est le tyran du royaume de l’amour »
Cervantès
Et comme les fascistes qui ne pouvaient pas faire tout ce qui leur passaient par la tête, exterminer les ouvriers, les noirs, les femmes moches, etcetera; en amour on ne peut pas non plus avouer toute sorte de jalousie. Pas pour une question morale, du genre ce n’est pas bien d’être jaloux. Non. Non. La jalousie de l’être aimé est quelque chose de très beau. C’est l’abnégation du « je », l’antinomique de l’égoïsme.
On ne peut pas avouer la jalousie absurde que nous ressentons parfois, cette espèce de jalousie sans raison d’être, du genre Toi, quand tu m’embrasses, tu es en train de penser à la belle blonde que nous avons croisé ce midi au restau. C’est le type de jalousie qui enlève la crédibilité de la vraie jalousie.
On peut donc se demander quels sont les limites de la jalousie. Comment gérer. Et bien, à travers un instrument maintenant appelé le contrôle_ un anglicisme heureux qui signifie la fiscalisation astucieuse de la personne aimée. En amour, le contrôle est une suave sensation de dominance.
Le couple qui veut continuer à l’être, est le couple qui se méfie réciproquement et qui se contrôle efficacement. Ils se disent secrètement, sans avouer, je trouve que tu es délicieux, véritablement exquis, et je me méfie qu’il doit avoir quelqu’un d’autre que moi qui veuille aussi goûter... alors je surveille.
On ne peut pas contrôler excessivement parce que l’expérience démontre que qui se convainc d'être emprisonné, décide, pour des raisons aussi absurdes qu'elles soient, de fuir. C’est la nature humaine.
Le contrôle ne peut pas être ouvert_ ce doit être secret. Si la jalousie est le fascisme de l’amour, alors disons que le contrôle est l’OVRA (organisation de vigilance et répression de l’antifascisme), alias la redoutable police secrète de Mussolini. Je dis bien secrète. Cela fonctionne avec des informateurs habillés en gabardine au col relevé, des appels téléphoniques anonymes… Il faut beaucoup aimer quelqu’un pour dédier du temps et de l’attention à son contrôle efficace. Avec autant d’agents subversifs partout, il est de plus en plus difficile d’ouvrer avec la OVRA.
:)
La mentalité responsable n’admet pas le contrôle. Le considère comme un abus de liberté d’autrui. Bien sûr! Mais en amour la liberté est un grand danger. Quand on aime quelqu’un, l’idée de le rendre libre c’est de la torture. On arrive à se demander pourquoi tout le monde n’est pas amoureux de cette personne (est ce que les autres font semblant ?). Et surtout on se demande pourquoi cette personne merveilleuse est amoureuse de nous. Et parce que ces vérités nous paraissent si évidentes, on a envie d’interdire l’être aimé de toute forme de liberté, de le priver de tout contact humain, de le libérer du mal, du bien et du comme-ci comme-ça, de ne pas lui laisser de choix.
:)
Oui, tout ceci n'est qu'un immense n'importe quoi. Mais en amour, la vraie liberté n’est pas celle de la raison. C’est la liberté de suivre ce dont le cœur nous dit. Et en amour, le cœur, vieux grognon intransigeant, hyperbolique et méfiant, nous dit: Possède ! Emprisonne ! Contrôle !
Et nous devons prétendre que ce n’est pas ainsi, pas aussi exacerbé, bien entendu. Tout comme on ne peut pas avouer la jalousie infâme, on ne peut pas empêcher la méfiance et la jalousie pour l’être aimé. Même lorsqu’il n’y a pas de raison pour suspecter, il vaut toujours mieux prévoir que guérir, mieux empêcher que découvrir.
Et peut être que l’attitude politiquement correcte à avoir en amour est de se dire, à soi-même uniquement, Bon, toi, fais ce que tu veux, mais si je t’attrape avec un(e) autre, je te tue. Ceci dit avec un profond ton de mélange de sarcasme et de froideur.
Comme disait Regnard, « Il faut dans la vie, assaisonner l’amour d’un peu de jalousie ».
Ceci dit, c'est forcément le contraire de ce qu'on apprend à sentir, à dire et à faire. La jalousie est un sentiment intrinsèque qu’il vaut mieux garder secret. Le statu quo, construit en grande partie par les couples des années 70_ presque tous déjà séparés, divorcés ou infidèles_ nous apprend que la jalousie est un poison, la méfiance est un manque de respect, et le sentiment de possession c'est une forme de mépris par la liberté de l'autre.
Et ceci est sans doute très raisonnable lorsque l’amour n’y est pas. Mais un roman ne survit pas sans danger, sans aventure, sans risque. Alors la jalousie n’est que le principe de l’amour. L’amour commence là où la jalousie naît et si l’amour devient plus fort, la jalousie s’aggrave.
On ne peut pas supporter la liberté, la démocratie hippy, de quelqu’un qu’on désire, qu'on aime sincèrement. Les couples ouverts ou modernes qui vivent d'infidélités, n’auront jamais plus qu’une pathétique relation d'où ils chercheront toujours à fuir. La cause des divorces des années 70 et 80 c’était la confiance. Pour qu’un couple existe, il faut un peu de méfiance.
On ne peut faire confiance à personne. Lorsqu’on aime, vraiment, confier, ne pas souffrir de jalousie, c’est comme si on trouvait l’être aimé incapable, indésirable ou incapable de désirer, indifférent ou incapable d’être différent. Ressentir de la jalousie pour la personne qu’on aime revient à lui dire, d’une façon perverse mais authentique, peut être que tu serais mieux avec quelqu’un d’autre que moi, mais moi sans toi, je ne serais pas bien.
Celui qui est jaloux a peur de perdre. Et celui qui a peur de perdre, de toute évidence, estime ce qu'il possède. Alors être jaloux de quelqu’un ce n’est que lui donner sa juste valeur. Ne pas en avoir c’est mépriser. Les vrais amants sont ceux qui demandent est ce que tu es jaloux ?
« La jalousie est le tyran du royaume de l’amour »
Cervantès
Et comme les fascistes qui ne pouvaient pas faire tout ce qui leur passaient par la tête, exterminer les ouvriers, les noirs, les femmes moches, etcetera; en amour on ne peut pas non plus avouer toute sorte de jalousie. Pas pour une question morale, du genre ce n’est pas bien d’être jaloux. Non. Non. La jalousie de l’être aimé est quelque chose de très beau. C’est l’abnégation du « je », l’antinomique de l’égoïsme.
On ne peut pas avouer la jalousie absurde que nous ressentons parfois, cette espèce de jalousie sans raison d’être, du genre Toi, quand tu m’embrasses, tu es en train de penser à la belle blonde que nous avons croisé ce midi au restau. C’est le type de jalousie qui enlève la crédibilité de la vraie jalousie.
On peut donc se demander quels sont les limites de la jalousie. Comment gérer. Et bien, à travers un instrument maintenant appelé le contrôle_ un anglicisme heureux qui signifie la fiscalisation astucieuse de la personne aimée. En amour, le contrôle est une suave sensation de dominance.
Le couple qui veut continuer à l’être, est le couple qui se méfie réciproquement et qui se contrôle efficacement. Ils se disent secrètement, sans avouer, je trouve que tu es délicieux, véritablement exquis, et je me méfie qu’il doit avoir quelqu’un d’autre que moi qui veuille aussi goûter... alors je surveille.
On ne peut pas contrôler excessivement parce que l’expérience démontre que qui se convainc d'être emprisonné, décide, pour des raisons aussi absurdes qu'elles soient, de fuir. C’est la nature humaine.
Le contrôle ne peut pas être ouvert_ ce doit être secret. Si la jalousie est le fascisme de l’amour, alors disons que le contrôle est l’OVRA (organisation de vigilance et répression de l’antifascisme), alias la redoutable police secrète de Mussolini. Je dis bien secrète. Cela fonctionne avec des informateurs habillés en gabardine au col relevé, des appels téléphoniques anonymes… Il faut beaucoup aimer quelqu’un pour dédier du temps et de l’attention à son contrôle efficace. Avec autant d’agents subversifs partout, il est de plus en plus difficile d’ouvrer avec la OVRA.
:)
La mentalité responsable n’admet pas le contrôle. Le considère comme un abus de liberté d’autrui. Bien sûr! Mais en amour la liberté est un grand danger. Quand on aime quelqu’un, l’idée de le rendre libre c’est de la torture. On arrive à se demander pourquoi tout le monde n’est pas amoureux de cette personne (est ce que les autres font semblant ?). Et surtout on se demande pourquoi cette personne merveilleuse est amoureuse de nous. Et parce que ces vérités nous paraissent si évidentes, on a envie d’interdire l’être aimé de toute forme de liberté, de le priver de tout contact humain, de le libérer du mal, du bien et du comme-ci comme-ça, de ne pas lui laisser de choix.
:)
Oui, tout ceci n'est qu'un immense n'importe quoi. Mais en amour, la vraie liberté n’est pas celle de la raison. C’est la liberté de suivre ce dont le cœur nous dit. Et en amour, le cœur, vieux grognon intransigeant, hyperbolique et méfiant, nous dit: Possède ! Emprisonne ! Contrôle !
Et nous devons prétendre que ce n’est pas ainsi, pas aussi exacerbé, bien entendu. Tout comme on ne peut pas avouer la jalousie infâme, on ne peut pas empêcher la méfiance et la jalousie pour l’être aimé. Même lorsqu’il n’y a pas de raison pour suspecter, il vaut toujours mieux prévoir que guérir, mieux empêcher que découvrir.
Et peut être que l’attitude politiquement correcte à avoir en amour est de se dire, à soi-même uniquement, Bon, toi, fais ce que tu veux, mais si je t’attrape avec un(e) autre, je te tue. Ceci dit avec un profond ton de mélange de sarcasme et de froideur.
Comme disait Regnard, « Il faut dans la vie, assaisonner l’amour d’un peu de jalousie ».

2 commentaires:
Rien n'est aussi désespérant que de ne pas trouver une nouvelle raison d'espérer.
E Machiavel a aussi dit: Là où la volonté est grande, les difficultés diminuent.
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